Chapter 1 - Amira
Amira
Depuis bientôt quatre ans, chacune de mes matinées débute sur l'interminable avenue qui mène jusqu'au cabinet d'avocats dans lequel je travaille. Je ne prête presque plus attention au bruit quotidien de ma paire de talons sur le bitume londonien.
Le téléphone plaqué contre ma joue, j'ignore les quelques curieux qui m'observent, depuis leur voiture, prisonniers des bouchons matinaux. Et quelle idée stupide de circuler aussi près du centre ville à une heure aussi bondée.
Mon voile bordeaux met en valeur la teinte claire de ma peau tandis qu'une robe noire cintrée disparaît sous un blazer assorti. Un maquillage discret complète cette mise en beauté qui m'a demandé plus de quarante cinq minutes.
Mon adage : Toujours restée élégante même les jours ou le retard est à mes trousses. Soit un peu près tous les matins.
Je finis par glisser mon téléphone dans la poche de ma veste, en me jurant d'écouter le reste des vocaux de ma grande sœur pendant la pause du déjeuner. Elle a tendance à faire des audios à rallonge depuis qu'elle est mère au foyer.
Un coup d'œil sur ma montre chromée, me confirme que je suis à la bourre. D'au moins cinq larges minutes. Et mon quinquagénaire de patron, Jonas Campbell, très à cheval sur les horaires, va certainement m' en tenir rigueur. Mais je suis, comme qui dirait... habituée.
— Tout ça, à cause d'un Chelsea bun! soufflé-je en pressant le petit sac en papier retenu dans ma main droite.
Encore un matin où je n'ai pas su résister devant la vitrine bien garnie de la boulangerie au coin de l'avenue de Charlotte Street. Les douceurs de Fitzrovia. Et quiconque me connaît, sait que cette spécialité anglaise parfumée à la cannelle, se hisse comme ma favorite parmi toutes.
Quand je pousse enfin l'épaisse porte en bois vernis du cabinet d'avocat, j'inspire profondément pour m'encourager à recevoir les foudres de Jonas.
Je devrais peut être le laisser croquer dans mon Chelsea bun pour me faire pardonner...
Je grimpe les trois étages, en enjambant les marches deux à deux. La bandoulière de mon porte-vue en cuir repose sur mon épaule tandis qu'un minuscule sac à main YSL est retenu entre mes doigts. Lui, il n'est là que pour l'effet de style. J'ai à peine la place pour y glisser un gloss et des épingles à hijab.
Lorsque j'aperçois mon reflet à travers les vitres des ascenseur hors service, j'ai l'impression d'avoir l'allure d'une londonienne pressée, désorganisée, mais surtout incapable de ralentir. Essoufflée, j'atteins la porte qui dessert mon étage.
— Il serai temps que cet ascenseur soit réparé, pesté-je en apparaissant dans le couloir.
À mon grand soulagement, Jonas ne se trouve pas dans les parages. Alors j'accélère le pas, en me faufilant jusqu'à mon bureau. Je prends soin d'y entrer sans faire le moindre bruit, dépose mes affaires sur l'immense secrétaire en chêne, avant de m'étaler sur le siège en cuir. La tête en arrière, je m'efforce à retrouver son souffle. J'y ai échappé belle !
Amira 1 et Jonas... 186.
— Un cardio de crustacé, marmonné-je pour moi même avant de me redresser.
Mon ordinateur portable démarre pendant que je m'étire. Une montagne de dossiers trône déjà sur mon bureau, à peu près ordonné sans que je ne redoute le travail.
Bien au contraire, j'éprouve une impatience presque féroce dès lors que j'enfile mon uniforme d'avocate.
Et au fil des années, ma passion pour ma profession et ma motivation inépuisable ont été de véritable alliées. Grace à elles, Jonas Campbell finit toujours par fermer les yeux sur mes retards répétés et mon organisation approximative.
Et malgré son exigence légendaire, qui effraie d'ailleurs mes collègues, Jonas connaît ma loyauté et mon sens du travail. Il sait à qui confier les dossiers de dernières minutes ou ceux que personne ne veut récupérer. Ceux qui impliquent des litres de cafés et des nuits blanches par dizaine.
« Il n'y a pas un dossier qui passe entre vos mains sans que vous n'en fassiez une réussite. La maison Campbell vous doit certainement sa renommée Amira. » avait-il dit en début d'années devant l'ensemble de nos contributeurs
Neuf heure du matin est largement passé, sans que Jonas n'ait frappé à la porte de mon bureau pour alourdir cette pile d'affaires à traiter qui ne diminue jamais vraiment.
— Peut-être est-il absent? Ça serait bien la première fois....
Plus poussée par la curiosité que par l'inquiétude, je quitte mon siège, afin de jeter un œil à l'extérieur. Je traverse le couloir qui dessert les bureaux de mes collaborateurs, sur la pointe des pieds. Tout au fond, celui du patron. La porte est fermée, étrangement.
A cette heure ci, Jonas la laisse entrouverte afin de surveiller l'arrivée matinale du personnel. Un sourire se glisse sur mes lèvres quand je reconnais la voix de mon supérieur à l'intérieur de la pièce.
— Ce rendez-vous matinal m'a sauvé la vie, dis-je en souriant, victorieuse.
Je vais pouvoir aller déguster mon Chelsea bun en toute tranquillité, sans proposer à Jonas la moindre miette. Je fais déjà demi tour, l'eau presque à la bouche, en pensant à cette douceur qui repose bien sagement sur mon bureau. Brusquement, la porte de Jonas s'ouvre. Son regard pétillant et miel croise le mien et me cloue sur place.
— Oh vous voilà! Cela tombe bien.
Mon sourire se fige, prise sur le fait.
— Me voilà, en effet... je réponds, spontanée, le visage crispé.
— Je vous en prie, entrez. J'aurai besoin de vous pour un dossier.
Avec amertume, je regrette immédiatement de me trouver là. Payant le prix d'une curiosité suicidaire qui aura le goût d'une affaire supplémentaire à traiter.
Attends moi Chelsea Bun... reste toujours aussi fondant... pour moi.
Débarrassée de mon blazer, j'infiltre le bureau. Une odeur boisée, différente de celle de Jonas me frappe d'abord, puis je vacille. Mes jambes deviennent du coton quand mon regard croise celui d'un homme dont je n'attendais plus le retour.
Un regard pour lequel j'étais prête à tout... et pourtant celui qui m'a blessé comme aucun autre.
Sakinah Sabr
PTDRRR j'arrive toujours en retard aussi quand je vois les venoiserie d'une boulangerie sur mon chemin 😭🤣
Ania_C.
Mdrrrrr complicado quand on aime trop la bouffe . ( je suis team gourmande)