Chapter 1
Point de vue Safiyah ;
Le réveil sonne.
J'aurais aimé qu'il ne sonne pas parce que je sais exactement ce qu'il signifie.
Travail... Finir tard... Soupirer toute la journée et bien évidemment le soir avec Lina dans sa voiture on va se plaindre de l'ambiance au travail.
À peine trois mois que je suis là-bas, et j'ai déjà envie de fuir.
Je travaille dans une grande société qui propose des services aux particuliers avec une très belle réputation un open space lumineux et même 4 café gratuit par jour et puis le salaire est plus que correct.
Sur le papier, tout va bien mais pourtant...
Je reste quelques secondes allongée, à fixer le plafond blanc. Il y a ce poids invisible dans ma poitrine, ce truc qu'on n'explique pas vraiment.
Ce genre de truc qui n'est pas assez grave pour démissionner mais pas assez léger pour ignorer.
Je soupire et me lève.
Je prend une douche rapide que je laisse couler quelques secondes de trop.
Comme si ça pouvait retarder la journée et quand je sors de celle ci toute prête je remarque qu'il est déjà 8h.
Super. Je n'ai pas le temps de manger.
J'attrape mon sac, vérifie mon téléphone et je vois deux notifications de Lina :
"Je suis en bas."
"Bouge-toi Safiyah"
Je souris malgré moi, je suis contente qu'on se soit retrouver dans la même équipe.
Je descends les escaliers presque en courant, j'ouvre la portière de mon appartement et elle est là, appuyée contre sa voiture, les bras croisés.
- Salam aleyki ! me dit-elle en montant côté conducteur.
- Wa aleyki as salam !
Je monte dans la voiture et c'est parti !
Le trajet est court, mais c'est notre moment à nous. Notre décompression anticipée où on analyse et on exagère peut-être un peu.
- J'ai un rendez vous avec le patron ? Dit elle dis en regardant la route défiler.
- Ah oui ?
- Oui. Lina souffle.
- Franchement, garde ton calme et n'imagine pas le pire...
- Ouais, ouais... mais je te jure, j'ai peur, j'ai pas envie de perdre ce boulot. J'ai galéré en tant que voilée pour trouver un bon taff, donc si on me vire autant que je devienne femme au foyer.
J'éclate de rire.
- Femme au foyer ?
- Oui.
- T'as même pas de mari.
- C'est un détail.
- Un détail ?? Il te manque juste la base du projet en fait.
- Ne t'inquiètes pas pour ça ! Je vais essayer d'en trouver un. C'est toujours plus simple qu'un job crois moi !
- Ah oui ? Tu comptes trouver un mari sur LinkedIn pendant la pause dej ?
- Tu lis dans mes pensées ma belle !
- Je republierai ta publication !
- J'ai toujours su que tu étais une bonne amie Safiyah !
On explose de rire avant d'arriver devant le bâtiment.
Je sens déjà la tension monter.
- Ce soir, on se plaint encore ? me demande Lina en coupant le moteur.
- Évidemment.
On rit.
On monte les escalier et on arrive au troisième étage.
L'odeur du café et du chocolat au lait chaud flotte déjà dans le couloir.
- Bonjour, lance Lina en entrant.
Les réponses fusent, automatiquement.
À droite, Karim est déjà au téléphone.
- Oui madame, je comprends, je vais vérifier ça immédiatement...
Son regard dit clairement qu'il ne comprend rien mais qu'il survit.
Plus loin, Nadia est penchée sur un devis, les sourcils froncés, la calculatrice à la main comme si sa vie en dépendait.
À gauche, Samira soupire bruyamment.
- Oui monsieur, je suis désolée, on vous a orienté vers le mauvais service... non, ce n'est pas moi... oui je comprends votre mécontentement mais...
Je grimace intérieurement, cet appel avec ce genre de clients risque d'être long.
Je m'assieds à mon poste. Mon écran s'allume lentement, comme s'il partageait mon manque de motivation aussi.
Je suis dans l'équipe de Lina : Le pôle marketing.
Il y a Solaine, Maria, Amir, Claude, Jassem et moi.
On est censés avoir une réunion d'équipe dans la salle privée pour parler de la nouvelle stratégie à adopter.
C'est un nouveau trimestre donc qui dit nouveau trimestre dit nouveaux objectifs et aussi nouvelle pression.
Amir, affalé sur sa chaise, se balance d'avant en arrière, tournant lentement sur lui-même comme s'il était chez lui.
Il demande à haute voix :
- C'est quand qu'on la fait cette réunion ?
Jassem, assis à sa droite répond calmement :
- À 9h30.
Amir regarde son téléphone.
- Bah... il est déjà 9h30.
Puis il tourne la tête vers Lina.
- On manque un peu de ponctualité ici, non ? dit il un petit sourire en coin.
Lina ne relève même pas l'ironie
- Le patron veut me voir, donc la réunion sera reportée un peu pus tard dans la journée !
Il y a eu un petit silence et je déteste ça. Je déteste ce moment précis où tout le monde commence à imaginer des scénarios. Même ceux qui ne sont pas concernés lèvent les yeux.
Je sens leurs pensées tourner :
Pourquoi ?
Qu'est-ce qu'elle a fait ?
Problème ?
Félicitations ?
- C'est juste une mise au point, dis-elle calmement. Attendre cinq à dix minutes ne va tuer personne.
Amir continue de se balancer et je le regarde en soupirant.
- Amir tu devrais peut-être te redresser. On dirait un gamin qui vient de découvrir que sa chaise tourne.
Quelques rires étouffés éclatent autour de la table. Claude tousse pour cacher le sien.
Amir gêné s'arrête net.
Il se redresse lentement, me fusillant du regard. On a cette relation de chien et chat et pour le coup il est le chat.
Lina se lève.
- Bon, je reviens !
À peine 10 minutes que Lina s'est levée qu'Amir se lève à son tour.
Maria relève la tête de son téléphone.
- Tu vas où ?
Amir hausse les épaules, faussement nonchalant.
- Je vais interrompre leur petite entrevue pour récupérer la clé de la salle de réunion. Faut bien qu'on avance.
Claude fronce les sourcils.
- T'es sérieux ?
Je penche légèrement la tête.
- Oui Amir, vas-y. Tant que t'y es, demande-lui aussi s'il peut signer ton autorisation de récréation.
Quelques rires éclatent non à nouveau.
Solaine lâche un "mais laisse-le tranquille" entre deux sourires.
- Très drôle.
Il lisse sa chemise comme pour reprendre contenance puis sort, la porte se refermant derrière lui.
Point de vue Amir ;
Je marche dans le couloir.
Pourquoi je me suis levé déjà ?
Ah oui c'est pour la clé.
Je ralentis en arrivant devant la porte du bureau du patron. Je m'apprête à lever la main pour toquer puis je m'arrête quand j'entends leur deux voix étouffées mais audible.
J'approche un peu mon oreille pour ne plus simplement entendre mais écouter. C'est juste... par curiosité et puis ça concerne un membre de l'équipe.
- Avec tout le respect que je vous dois, je fais simplement mon travail, vous m'avez embauché pour ça : Faire grimper les vues et la fidélité.
Le ton du patron est plus sec.
- Votre travail ne consiste pas à remettre en question mes décisions.
Je fronce les sourcils.
Remettre en cause ses décisions ? Comment ça ?
Elle répond, sans trembler :
- Quand une décision est innaproprié selon l'algorithme, je préfère le dire et prendre une initiative... J'ai bien fait non ? Il ne suffit qu'à ouvrir Instagram et voir comment le nombre d'abonnés à augmenter, de plus les commerciaux sont débordés dû aux nouveaux clients qui veulent absolument bénéficier de nos services grâce à la nouvelle vidéo poster sur tiktok.
- Vous prenez trop de place. Attention à ne pas dépasser les limites.
Je tourne les talons et m'apprête à revenir vers mes collègues.
Point de vue Safiyah;
La porte s'ouvre.
Amir revient comme s'il savait quelque chose que nous, non.
Il se rassoit tranquillement, croise les bras et s'installe confortablement.
Jassem lève les yeux.
- Elle est où la clé ?
Amir hausse les épaules.
- J'ai pas voulu déranger leur petite réunion. Ça avait l'air... important.
Claude fronce les sourcils.
- Comment ça. T'écoutes derrière les portes maintenant ?
Je relève la tête.
Amir fait tourner son stylo entre ses doigts.
- Vous avez jamais remarqué le comportement de Lina ?
Silence léger.
Il continue.
- Elle corrige les dossiers ,elle reprend les mails, elle reformule les posts. Elle décide des priorités. Elle parle comme si...
Il laisse sa phrase en suspens.
Maria demande :
- Comme si quoi Amir ?
Je fronce les sourcils.
- Oui, comme si quoi ?
Il soupire comme si j'étais naïve.
- Lina prend trop de place. Tout simplement et le patron l'a remarqué, elle lui parle mal je trouve. C'est un fait.
Claude se redresse.
- Je pense que t'éxagere, elle parle avec assurance. C'est différent.
Amir ricane légèrement.
- Assurance ? Non. Ça s'appelle vouloir contrôler.
Je sens mon agacement monter.
- Elle contrôle rien du tout. Elle rattrape vos erreurs, nuance.
- Nos erreurs ? répète Amir en levant les sourcils.
- Oui. Les mails envoyés trop vite ou les publications avec des fautes. On en parle ?
Amir se penche vers moi.
- Voilà pourquoi elle parle de manière déplacée au patron, t'aurais dû l'entendre on aurait dis qu'elle se croyait indispensable. Vous voyez pas le problème ? Elle s'impose.
- Elle propose, je corrige.
- Elle impose ! Je dis juste... que ce genre de profil, ça finit toujours pareil. Soit ça prend la place... soit ça dégage.
Maria regarde alternativement nos visages.
- C'est vrai... Je n'aime pas son attitude aussi.
On se tait tous d'un coup quand on entend la porte s'ouvrir.
Lina entre et se dirige directement vers son bureau avec un visage neutre.
Elle s'asseoit sort son ordinateur et l'allume.
- La réunion est annulée pour aujourd'hui, dit-elle avec un petit sourire pour ne pas inquiéter.
Instantanément, des regards furtifs se posent sur elle. Les collègues échangent des sourires gênés, des murmures s'élèvent à voix basse.
Claude, d'habitude concentré sur son écran, la fixe quelques fois. Même Jassem, absorbé par ses notes, lève la tête et l'observe par ci par là.
Lina remarque au bout d'un moment tout ces gestes subtiles. Ses sourcils se lèvent légèrement, mais elle reste calme.
Elle ne comprend pas... pourquoi tout le monde semble si préoccupé par elle.
Elle tourne la tête vers moi.
- Qu'est-ce qui se passe ? demande-t-elle, curieuse.
Je détourne le regard et ne réponds pas.
Je me lève doucement, et je me tourne vers Amir.
- Ça te dit un café ?
Il hausse les épaules.
- Non je suis occupé je dois terminer le script.
Je souris légèrement.
- C'est urgent !
Il fronce les sourcils un instant, et je sens qu'il comprend. Ce n'est pas une pause café comme les autres cette fois ci.
Il se lève, toujours un peu méfiant, et me suit alors que je me dirige vers la machine à café.
On s'éloigne de nos collègues, le couloir est calme.
Un fois arrivé je commande un cappucino et lui s'adosse contre le mur.
- On doit parler, murmuré-je
Il ne dit rien, mais je vois qu'il est tendu alors je reprends.
- Écoute, commence-je, calme mais ferme, à propos de ce qui s'est passé tout à l'heure je -
Il me coupe, un peu sur la défensive.
- J'ai juste dit ce que j'ai entendu, souffle-t-il.
- Non, reprend-je, tu as interprété, amplifié, et transformé ce que tu as entendu en vérité géneral et ça a commencé à circuler. Tu te rends compte de ce que ça fait ?
Je marque une pause, cherche ses yeux.
- Tu sais ce que dit le Coran : Ô vous qui avez cru ! Évitez de trop conjecturer sur autrui car une partie des conjectures est péché. Et n'espionnez pas; et ne médisez pas les uns des autres. L'un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort? (Non!) vous en aurez horreur. Et craignez Dieu. Car Dieu est Grand, Accueillant au repentir, Très Miséricordieux. sourate 42 verset 12
Je vois son regard se figer, surpris par le rappel.
- Du cannibalisme... je souffle, c'est exactement l'image que tu m'a donné tout à l'heure, quand tu réduis quelqu'un à ses défauts pour en parler, tu le transformes en objet de parole.
Il baisse légèrement la tête.
- Moi... je...
- Tait toi ! Amir, tu t'ai pas demandé: Est-ce que je parle pour réparer ou pour dévorer ? Parce que ce qu'on fait par curiosité, par envie de juger ou par amusement, ça peut faire un effet domino incontrôlable. Tu as semé des mots qui amplifient la vérité de la réalité. Ce que tu as dit, ton ressenti, il ne devait pas devenir vérité collective... et pourtant, ça s'est déjà propagé. Tout le monde réflechi, essaie de scruter les moindres faits et gestes de Lina pour confirmer tes dirs.
Il respire profondément. Je continue, plus doucement mais avec conviction.
- Et tu sais quoi ? Même ceux qui se disent proches d'Allah, qui respectent le Ramadan, Jumuaa, Omra... ils ne sont pas à l'abri du châtiment de la médisance.
Je le fixe, ferme, mais pas agressive.
- Je n'avais pas réfléchi à ça comme ça, finit-il par murmurer.
Je hoche la tête.
- Alors réfléchis avant de répéter, avant d'interpréter, avant de juger. Parce que ça ne te concernait pas leur entrevue et là ton opinion touche tout le monde autour. Ça touche notre cohésion. Ça touche à l'honneur de Lina.
Je prend mon cappuccino et avant de m'éloigner je rajoute :
- Le messager d' Allah que la paix et bénédiction soit sur lui a dit : " Ô vous qui avez cru avec vos langues alors que la foi n' a pas pénétré votre coeur, ne portez pas atteinte aux musulmans et ne suivez pas leur défauts, car celui qui suit les défauts de son frère musulman, Allah suivra les siens, et celui dont Allah suit ses défauts, Il lui dévoilera, même ce qu' il a commis chez lui en étant seul caché des gens. "
Puis je m'en vais.
Le silence s'installe.
Je ne me suis pas retournée pour le regarder mais pour la première fois, je sens qu'il comprend le poids de ce qu'il a fait.
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SALAM ALEYKOUM
Petit one shot sur la médisance ! J'espère qu'il vous a plus. Honnêtement j'ai réfléchi et je veux délaisser ce péché grave et banalisé.
On ne s'en rend pas compte mais ce qu'on dit peut avoir un impact énorme selon la manière dont on le dit, les mots qu'on choisit et surtout à qui on le le dit, cette personne à des ressentis, des émotions et une manière d'interpréter la chose.
Et puis c'est quand même chaud non la médisance...
Regardez :
- Le messager d'Allah que la paix et la bénédiction soit sur lui a dit :
"Il existe soixante douze sortes de pratiques d' usure (intêret), la moins grave est comparable à l' adultère commis par un homme avec sa mère, et la plus grave étant l' atteinte à l' honneur de son frère (de foi)."
Le messager d' Allah que la paix et la bénédiction soit sur lui a aussi dit :
"Lors de mon ascension aux cieux, je suis passé devant un groupe de gens qui avaient des ongles en cuivre avec lesquels ils se déchiraient le visage et la poitrine.
J' ai dit : Qui sont ces gens ô Gabriel ?
Il m' a répondu : Ce sont ceux qui mangent la chair des autres et qui portent atteinte à leur honneur. "
- Le messager d' Allah que la paix et la bénédiction soit sur lui a dit également :
"Savez en quoi consiste la médisance ?
Les gens dirent : Allah et Son messager sont les plus savants.
Il dit : C' est lorsque tu parles de ton frère en des termes qu' il réprouve.
On lui dit : Vois-tu si ce que je dis sur mon frère existe réellement en lui ?
Il répondit : Si ce que tu dis existe réellement en lui, tu auras médit, et si ce que tu dis n' existe pas, alors tu l' auras diffamé (el bouhtane). "
C'est un énorme fléau de nos jours sous prétexte de :
Soulagement instantané des frustrations refoulées
Renforcement des liens entre groupes (A a parlé mal de C avec B pour renforcer son lien avec B)
Recherche de satisfaction ( diminuer autrui par les critiques donne une impression d'élévation)
Sentiment de justice (mais chercher la justice à travers l'injustice, c'est comme chasser les ténèbres en s'éloignant de la lumière)
Mais voici un moyen simple d'arrêter si on met vraiment en pratique cette recommandation :
Se poser la question : Est ce que j'aurais pu dire la même chose devant la personne concernée ?
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Petite question pour vous faire réfléchir :
Est-ce que je respecte l'honneur et la dignité de cette personne en parlant d'elle ?